À propos de…

Catherine Larrère, Effet de serre: changer le climat? (Philosophie nº 5 décembre 2006-janvier 2007).

À première vue, nous n’avons aucune prise sur les phénomènes météorologiques. Face aux catastrophes climatiques, ne sommes-nous pas impuissants? Seul un dieu pourrait arrêter l’éclair ou dévier le cyclone. D’où cette peur des forces naturelles déchaînées, qui nous poursuit depuis la nuit des temps. Et pourtant…, stimulés par une nouvelle donne, les effets qu’on nous promet dévastateurs du réchauffement de la planète, des scientifiques n’hésitent pas à jouer à nouveau les Prométhée. Au diable, le fatalisme craintif! Catherine Larrère nous explique que l’un a l’idée de mettre en orbite des milliards de lentilles optiques de guise de bouclier solaire, qu’un autre suggère d’incliner l’axe de la Terre par rapport au Soleil (comment, au moyen d’explosions nucléaires?), qu’un autre encore propose de répandre sur les océans des particules de fer, parce que celles-ci favorisent l’absorption du carbone par le phytoplancton. Et pourquoi pas larguer un million de tonnes de soufre dans la stratosphère? Cela permettrait de voiler les rayons solaires avec autant d’efficacité qu’une énorme éruption volcanique. Ces projets, que l’on pourrait juger délirants, mais qui émanent néanmoins des savants aussi sérieux que prudents (l’un d’entre eux est même Prix Nobel de Chimie), témoignent de la confiance de l’homme en sa capacité de maîtriser la nature, y compris ses manifestations qui paraissent les plus indomptables.

On pourrait objecter à ces savants qu’il serait peut être plus intelligent de réduire les émanations de CO2 résultant de nos activités, de favoriser le développement d’énergies renouvelables non polluantes, de mettre un frein à notre consumérisme débridé et au gaspillage généralisé, etc. En fait, ils ne l’ignorent certainement pas, mais ils savent aussi que l’homme étant ce qu’il est, celui-ci, plutôt que de tenter de maîtriser ses propres dérèglements, préfère agir sur le monde extérieur, quitte à devoir recourir à des interventions démesurées. Couvrir les océans de métal ou cacher le soleil avec des nuages lucifériens, plutôt que de réduire de manière drastiques ses émissions de gaz à effet de serre. Les savants en question ont beau préciser qu’il ne faudrait mettre en œuvre leurs projets pour refroidir la planète qu’en toute dernière extrémité, en cas de hausse de la température plus rapide que prévue, on a l’impression que ces solutions démentielles ne sont en fait que l’expressions déguisée de notre impuissance à modifier notre comportement, une manière de forfanterie, de bravade, pour cacher la peur qui nous habite, née de cette incapacité de maîtrise de soi, «comme si, conclut Catherine Larrère, nous affrontions une deuxième nature, non celle qui est donnée extérieure à nous, mais celle qui se forme du résultat de nos propres actions. C’est ainsi que nos envisageons l’économie, notamment. La question de la crise environnementale, ce n’est pas celle de la nature, c’est celle de la maîtrise de notre maîtrise».